Et pour confirmer ce sentiment, je me suis soumis à quelques expériences de bon sens.

J'ai voulu reproduire les réactions d'une baguette en "Y" sans toutefois la tenir directement, afin de créer un outil plus fiable et plus précis et qui soit, tel un détecteur, totalement indépendant de l'action humaine.

Pour ce faire, la fabrication d'un bâti est indispensable. Un support rigide, capable d'accueillir la baguette dans sa torsion en reproduisant fidèlement "le maintien du sourcier". C'est à dire l'action qui assure une pression permanente sur l'instrument, laquelle est indispensable à son équilibre instable. L'ensemble, bien que d’aspect rustique, fut réalisé très finement de façon à conserver l’extrême réactivité de l’objet.

 

Une poignée horizontale permettait de tenir l'ensemble des deux mains, de façon identique à la tenue de baguettes traditionnelles.

Ainsi équipé pensais-je, le sourcier n'a plus à se préoccuper de la pression qu'il doit exercer perpétuellement sur l'outils, source principale de fatigue, donc d'imprécision à plus ou moins court terme.

Sitôt achevé, j'entreprends de tester immédiatement l'appareil en situation réelle et notamment sur un passage avéré d'une veine d'eau ou existe un forage en activité.

Premier passage en marche rapide avec une baguette "classique", pas de doute sur la franchise de la réaction et de son effet. Je trace un trait bleu sur le sol.

Second passage cette fois effectué en déplacement lent qui provoque une inclinaison proportionnelle mais irrésistible de la baguette vers le sol lors de l'approche puis du franchissement du même trait bleu tracé préalablement au sol.

Cette réaction est toujours impressionnante car une force étrange semble s'emparer de l'instrument sur laquelle il est très difficile de lutter. Tenter de le repositionner en position horizontale sur ce lieu précis semble être une tâche quasi impossible, et, pour ce faire,  la flexion à lui infliger, peut le rompre à tout moment. Même après quelques années d'expérience, cet instant précis me procure toujours une intense émotion nourrie de questions.

Troisième tentative, cette fois avec des baguettes en "L", rotations nettes de ces dernières, sans ambiguïté, précisément à l'endroit identique.

L'expérience peut alors commencer...

Je fixe la baguette en "Y" sur son bâti en m'assurant de respecter les torsions nécessaires à son parfait fonctionnement et de son équilibre instable.
Un peu angoissé et impatient, je m'approche lentement muni de cet outil plus sophistiqué sur les lieux ou les réactions ont été constatées quelques instants auparavant. Plus la distance qui me sépare du trait se réduit, plus l'inquiétude m’envahie, car pensais-je, en cas de succès, ce serait très certainement l'aube d'une révolution technique en ce domaine.

Quelques instants plus tard, les yeux rivés à mon "détecteur", je m'approche lentement de l'emplacement de la ligne bleue, lieux des réactions précédentes. Centimètres par centimètres, je m’en approche, doucement mon pied la survole, puis enfin s'en éloigne. Quelques pas plus loin, un peu dépité, nouvelle tentative mais en sens inverse, les yeux fixés sur l'objet de tous mes espoirs. Puis ensuite une autre, puis une autre, plus lentement, plus rapidement, plus concentré, dans un sens, puis dans l'autre…

Rien ! Strictement rien ! Aucune réaction, pas même un frémissement insignifiant.
Que de déceptions, que d'espoirs déchus, l'objet de tous mes espérances a sombré subitement dans la désillusion. Manifestement, cela ne fonctionne pas.

L'intermédiaire que constitue le bâti m'isole des réactions involontaires des mains sur la baguette que provoque un courant d'eau circulant dans le sol.

L'intimité nécessaire entre la baguette, les mains et la pensée m'apparut désormais incontournable.

Car curieusement la pensée constitue une des pierres fondamentale à l’édifice.

Pour constater son influence indispensable sur le réflexe sourcier, il suffit de repasser sur un lieu ou a été constaté, par réactions de baguette, la présence d’une veine d’eau en sous-sol, mais en s’efforçant cette fois de diluer son attention sur un élément autre que l’objet de la recherche, et ceci tout en conservant un maintien d’instrument rigoureusement identique.

On constate rapidement que PLUS RIEN ne se produit, pas même un frémissement. Il faut se concentrer à nouveau pour voir réapparaître progressivement les réactions.

Cela peut augurer, et c’est entendu, que ces réactions s’obtiennent lors de recherche d’eau, mais également lors d’autres recherches pourvu que l’attention soit suffisamment dirigée vers la mission choisie. Il se produit probablement “un pont” entre le conscient, (l’objet de la recherche), et l’inconscient qui produit dès lors, d’infimes réflexes musculaires que la baguette par son mouvement trahi.

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